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Le Complot Illuminati

Publié le 7 Septembre 2012 par Lapinos in dan brown da vinci code, galilée église illuminati, psychologie alchimie freud carl jung, anonymous

Le Complot Illuminati

Une théorie du complot dans laquelle l'Eglise catholique romaine joue le premier rôle néfaste a rencontré naguère dans le monde entier un grand succès : il s'agit du célèbre roman de Dan Brown, "Da Vinci Code".

C'est peu de dire que ce roman piétine allègrement les faits historiques. Il nous ressert une louche de l'inévitable légende dorée de Galilée. L'astronome italien, qui contribua à remettre l'astronomie égyptienne ou pythagoricienne à la mode, à la suite de Copernic, bénéficiait de l'appui d'un puissant parti d'Eglise, dont le chef fut élu pape (Urbain VIII), et ne ménagea jamais son appui au prétendu "dissident". Galilée fut surtout jugé pour les conclusions théologiques qu'il tirait de ses calculs astronomiques.

COMPLOT ET DEMOCRATIE

Dan Brown a eu du flair, en exploitant le sentiment populaire que les élites dirigeantes dissimulent la vérité. Le sentiment du peuple d'être manipulé règne à toute les époques, et la démocratie n'y a pas mis fin.

- A tort ! diront les élites dirigeantes, c'est-à-dire celles qui détiennent notamment aujourd'hui le pouvoir (religieux) de modeler l'opinion publique - par conséquent du seul fait qu'elles détiennent le pouvoir ;

- à raison ! pensera l'homme du peuple, persuadé qu'on ne lui dit pas tout, du seul fait qu'il n'appartient pas aux cercles du pouvoir. Du point de vue scientifique, on se rangera du côté de l'homme du peuple. Incontestablement, l'élitisme va toujours de pair avec l'occultisme, même en démocratie, où il vaut mieux qu'il se fasse discret, puisqu'il contredit toutes les promesses de transparence vis-à-vis du peuple. C'est dans la culture élitiste qu'on retrouve l'apologie du mensonge ou du masque (M. Barrès, F. Nitche, O. Wilde, etc.), jamais dans la culture populaire.

- Mais le roman de Dan Brown ne mange pas de pain, vu qu'il jette l'opprobre sur une des institutions d'Europe, l'Eglise romaine, la plus décadente et usée, qui ne joue plus dans la société moderne que le rôle joué par les morts et leurs fantômes dans un village.

LE MYTHE DE LA NEUTRALITE LAIQUE

- D'une certaine manière, la légende du martyre de Galilée signifie pour les élites modernes qu'elles ont hérité d'un homme vertueux, Galilée, triomphateur du complot de l'ignorance, triomphe qui rejaillit sur les temps modernes, bien qu'elle soit de toutes les fables inventées par les hommes à travers les siècles, la plus fragile.

Ce faisant, le nouveau clergé a repris à son compte les méthodes de l'Eglise romaine. En outre l'exemple de Galilée est exemplaire, puisqu'il s'agit d'un retournement complet de la vérité. En effet, Galilée, à rebours de la légende, était soutenu par un puissant parti d'Eglise ; l'archaïsme de Galilée se voit en outre à travers sa croyance dans le purgatoire (typiquement mathématique), plus de deux siècles après Dante Alighieri et sa célèbre "Divine comédie", et en un temps où l'éclatement de l'Eglise romaine, du fait de la montée en puissance du nationalisme, avait rendu le purgatoire largement caduc dans les milieux intellectuels, après la mise à jour par Luther qu'il n'était qu'un instrument d'ordre éthique, analogue aux thérapies psychanalytiques contemporaines. Et, puisque ce n'est pas négligeable, notons-le ici : Luther et Mélanchton ne partageaient pas les hypothèses astronomiques pythagoriciennes de Galilée.

MATHEMATIQUES ET TOTALITARISME

- Je vais venir ensuite à la théorie du complot illuminati, mais le détour par Galilée permet d'une certaine façon d'aborder la question de façon plus frontale et moins romanesque. Puisque l'élite oppose à l'accusation de complot sa science universitaire, situons le débat sur le terrain scientifique. Un phénomène directement lié au complot et à l'affermissement occulte du pouvoir des élites dites démocratiques, est le phénomène de divinisation de la science. En effet, dans les technocraties laïques modernes, la science joue le rôle que dieu, ou les dieux, jouaient dans les anciennes théocraties (l'art aussi, mais simplifions en parlant de la "science" uniquement). La science est comme le sphinx de Thèbes, auxquels seuls quelques oedipes privilégiés ont accès, car le fait de la déchiffrer leur donne le pouvoir. Cette science, limitée à la polytechnique et qui n'en est donc pas vraiment une, fait que dieu a changé de visage ; ce n'est plus la Nature, mais les systèmes d'exploitation techniques qui en découlent qui ont acquis le caractère sacré indispensable à l'élite pour se maintenir. Au progrès scientifique pur, se sont substituées les valeurs modernes, religieuses, et dont le sens est, prioritairement, de justifier les élites et l'élitisme. Pratiquement, Karl Marx fut le théoricien d'un tel complot, de la modernité contre la science, et c'est au profit d'une nouvelle élite que son propos, scientifique, fut transformé en culte de l'Etat (néanmoins le fait que Marx a démontré que le capitalisme et l'étatisme croissent de conserve).

De la divinisation de la science, découle l'idée paradoxale de "culture scientifique". Quiconque, pourvu qu'il soit doté d'un minimum d'esprit scientifique sera forcément heurté par cette notion, comme il sera par le mélange de la science et de l'éthique, puisque la science ou l'art est ce qu'il y a de plus éloigné du vernis, et s'accommode le moins de demi-vérités, en principe. Quel est l'intérêt d'une culture scientifique, plutôt que de l'ignorance complète des choses de la physique ou de la métaphysique ? L'intérêt est religieux, non pas scientifique. Ainsi la légende dorée de Galilée s'insère parfaitement dans la "culture scientifique" ; de même, la légende dorée de la révolution scientifique laïque ou républicaine, s'extirpant de la gangue de l'ignorance de l'ancien régime de la culture chrétienne : il faut occulter tout ce que la science républicaine athée doit à la communauté scientifique chrétienne du XVIIe siècle, c'est-à-dire pratiquement tout. Occulter aussi que cette communauté de savants fut une des plus mystiques (et la moins soumise au projet chrétien de réformation de la science, proposé par Francis Bacon dans son "Novum Organum").

Ce qui permet au polytechnicien bravache de dire que "l'hypothèse de dieu est inutile", en effet, n'est pas la science, mais la spécialisation de la science, dont des savants de confession chrétienne ont été les premiers artisans, et qui dénote de leur part un esprit... plus religieux que scientifique.

DE LA THEOCRATIE A LA TECHNOCRATIE

A cause du plan religieux païen qu'elle ouvre, un chrétien ou un juif connaissant un minimum la Bible, se démarquera forcément de la médecine de l'âme selon S. Freud ou C. Jung. Il reste que la démonstration par ce dernier que la culture moderne est le produit dérivé de la culture médiévale chrétienne, est à la fois l'une de ses démonstrations les plus sûres de C. Jung, en même temps qu'elle est la plus censurée dans la culture scientifique contemporaine (in : "Psychologie & Alchimie").

A l'intérieur de la théorie du complot de Dan Brown, il y en a donc... une autre ; le fait que le complot fonctionne comme les poupées russes n'a rien d'étonnant.

- Plus récemment, la théorie du complot illuminati, qui s'est développée sur internet, constitue avec le mouvement de hackers "Anonymous" une mise en cause des élites beaucoup plus frontale que la théorie du complot romanesque de Dan Brown. Suffisamment pour que certains "hauts fonctionnaires", inquiets, réagissent publiquement ; même si la publicité faite à des complots farfelus ou qui apparaissent comme tels, est la meilleure stratégie pour dissimuler le noeud du complot, bien que la désinformation constitue un aveu des méthodes totalitaires.

Plutôt que de "complot illuminati", il convient mieux dans la conscience chrétienne de parler de système matriciel. L'expression souligne le caractère intime du complot totalitaire, et le rôle que la technologie joue dans celui-ci. Marx l'a montré, et Shakespeare encore plus globalement que lui : le complot est "sui generis", inhérent au pouvoir. Hélas, dans leurs méthodes de restauration de la conscience, Freud et Jung se contentent de dévoiler des processus de manipulation traditionnels dépassés, et qui n'ont plus qu'une force opératoire secondaire, ramenant ainsi l'esprit critique au-dessous du niveau atteint par les meilleurs humanistes de la Renaissance.

A quoi bon répéter la science de Shakespeare sur le principe de la souveraineté monarchique et sa faculté de susciter un inconscient ou une âme collective, entraînant l'aliénation individuelle, si c'est pour priver cette critique d'effet vis-à-vis du culte identitaire nazi ou du principe similaire de la souveraineté démocratique ? Alors même que la critique de Shakespeare, loin d'être restrictive, est le plus incitative à se méfier de la mystification de l'éthique, en général, non pas exclusivement celle du tyran Oedipe, premier cocu du système institutionnel dont il est la clef de voûte.

Privé des moyens du luxe et de la domination, le culte identitaire qui infecte les consciences populaires, est réduit à sa vocation sacrificielle. Le corps social tout entier est ramené à la mécanique utérine ou procréative. La fonction de la culture juridico-scientifique, est, dans ce cadre, de faire paraître le joug moins lourd, en ouvrant des perspectives d'avenir parfaitement aléaloires et hypothétiques - du sauvetage de la planète à l'idéal de la démocratie mondiale, qui n'a pas plus de consistance scientifique que le prochain passage de l'ère des poissons à celle du verseau. Pour faire pièce à cet occultisme, ajoutons qu'il constitue un millénarisme analogue au millénarisme nazi.

Il est significatif à mes yeux que le syncrétisme psycho-alchimique de Carl Jung, assez caractéristique du maximum de conscience autorisé par les élites, bien qu'il multiplie les références dans toutes les strates de la culture occidentale, avec plus ou moins de cohérence, ne se réfère quasiment jamais Shakespeare, et pas du tout à Marx.

Shakespeare maintient le pied de l'histoire dans la porte du conclave de la civillisation et du vain sacrifice personnel qui la fonde depuis des millénaires, pour l'empêcher de se refermer complètement sur le progrès ou la libération dont il fait, selon la logique chrétienne, un absolu antisocial. Que reste-t-il du socialisme après le coup d'épée de Hamlet dans le voile du temple ? Le socialisme n'est qu'un populisme, enraciné dans les systèmes d'oppression les plus archaïques ; le populisme ou la démagogie ne vient pas du peuple, mais des princes de ce monde. Il ne reste plus du socialisme qu'un rêve, soigneusement entretenu par les prêtres, en dépit des historiens - un rêve dont la seule visée est la gloire des puissants de ce monde.

C'est donc faire un honneur excessif à la loge maçonnique des "Illuminés de Bavière" que de la placer au centre du processus qui a conduit à l'utopie du gouvernement mondial technocratique, assortie de la morale cynique du vieux Pangloss, refrain préféré du clergé libéral, simplifié en : "Tout va bien se passer. On peut compter sur la capacité de l'espèce humaine à rebondir."

LA MATRICE OU L'ESCLAVAGE CONSENTI

Ce qui est crucial dans le complot ou la matrice, c'est qu'elle est source de morale ou d'éthique, c'est-à-dire de sacrifice collectif. Et la dénonciation du complot part bien de là : du sentiment que le sacrifice est la chose au monde la moins bien partagée de nos jours ; que demeure, contre toutes les apparences et promesses de la démocratie moderne, une priorité dans l'ordre du sacrifice ; les sacrificateurs s'efforcent de s'y soumettre les derniers. Invisible, la pyramide des élus subsiste, en creux selon l'inconscient, ou en plein suivant l'architecture.

Le rôle de l'Eglise romaine dans ce complot est celui du négationnisme de l'histoire, au plus près de la source véritable de l'esprit, de l'avoir obturée en construisant un nouveau temple à Dionysos. Contre le Messie qui engage à s'aimer d'abord pour pouvoir ensuite aimer autrui véritablement, l'Eglise (non pas l'apôtre Paul) a ressuscité un sacerdoce charnel et alchimique fondateur du rapport social, où l'on se rassure par l'autre bien plus qu'on ne l'aime. Toutes les psychologies ultérieures n'ont fait qu'adapter cette recette aux mutations du corps social.

Ici on ne peut que répéter la sainteté de Shakespeare, ami du peuple qui, pour cette raison, se garde toujours de le flatter, comme un cavalier caresse sa monture. Cyniques et mélancoliques, ayez au moins la dignité de voyager à pied vers votre terme.

Heureusement la justice de l'esprit est telle que les opprimés restent les mieux placés, en tous temps, pour pouvoir échapper à cette matrice macabre. Il n'y a rien de pire que le confort intellectuel.

("La Ronde de Nuit" de Rembrandt van Rijn, choisie pour illustrer cette note, représenterait selon certains historiens un complot. Les placards du drame bourgeois sont plein d'amants, tandis que les placards du complot politique sont plein de cadavres.)

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W
Well less was known to us of history until people started to find things while they travelled and started digging for remains that showcased some of the important events of the past. It is indeed a good thing and must be followed by us too.
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