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Prométhée enchaîné

Publié le 15 Septembre 2012 par Lapinos in prométhée eschyle, baudelaire chrétien titan

Prométhée enchaîné

Le culte prométhéen moderne a peu à peu effacé le dieu des chrétiens, jusqu'à imposer la "culture de vie" païenne dans la bouche de pasteurs soi-disant chrétiens. Le mouvement de pensée athée ou les philosophes modernes ne sont pas pour grand-chose dans cette résurgence païenne et la substitution du dieu qui incarne la vitalité (Prométhée) à celui des chrétiens qui incarne la vérité, affirmant que la vie n'est qu'un mensonge.

A vrai dire, l'idée de civilisation chrétienne n'est pas neuve, et, renversant le sens des paraboles évangéliques, elle se fait prométhéenne et se moque du dieu véritable. L'étrange coïncidence remarquée par certains entre les prêtres catholiques romains et ceux de Mithra, vient de là. Le culte de Prométhée s'impose au plus grand nombre dans l'histoire moderne, à travers l'inconscient collectif : que la religion existentialiste soit "athée" ou pas n'y change rien. La culture comme la foi n'est qu'un mobile, et l'aspiration vers le vide ou le néant n'est pas moins forte que vers la réalité. Le culte de Prométhée est comme la musique : peu importe qu'elle n'ait pas de sens, pourvu qu'elle soit entraînante.

L'évolution technique de l'Occident est la principale cause de la culture prométhéenne, dont le capitalisme n'est qu'une métastase.

Baudelaire a bien compris ce phénomène d'aliénation croissant, expliquant que le progrès de la civilisation concorde avec l'effacement progressif du péché originel. Tout l'oeuvre de Baudelaire traduit d'ailleurs l'écartèlement de ce poète entre la culture prométhéenne satanique et le christianisme, la fascination païenne pour les choses sociales d'une part, le mépris chrétien vis-à-vis de ces choses d'autre part.

Quand un chrétien fait l'éloge de la civilisation, on peut être certain qu'il s'agit d'un imposteur.

Le titan Prométhée est représentatif de l'art et de la technique, ou encore de la culture, c'est-à-dire du rapport entre l'homme et la nature, divinité tutélaire aux multiples visages, dans laquelle l'homme se mire. La nature ne dote pas seulement l'homme de richesses naturelles et de modèles pour son art ou sa technique, mais également d'un mode de pensée particulier, celui que la science moderne nomme "inconscient", et qui est un mode de pensée fonctionnel, une vérité relative, organique ou naturelle. Si la philosophie morale germanique est aussi méprisée en France, de Hegel à Heidegger en passant par Schopenauer et Nitche, c'est probalement parce qu'elle joue le même rôle que le vin de ce côté-ci du Rhin, de stimulant cardiaque. Quant aux pédérastiques adeptes de la "morale pure", mieux vaut les nommer "ivrognes".

En quoi le dieu des chrétiens diffère radicalement des autres, c'est par la promesse faite à ceux qui entendent sa parole, et le suivent, de les émanciper de la nature ou de la culture païenne de vie, qui débouche nécessairement sur la mort. Pourquoi certains théologiens chrétiens, dont Bacon ou Shakespeare, combattant majeur contre la "culture chrétienne", ont pu reconnaître chez certains philosophes antiques, comme Homère, une pensée analogue au christianisme ? Ce n'est nullement afin de fabriquer un confortable syncrétisme (c'est la culture qui mène au syncrétisme), mais en vertu de la capacité de certains philosophes dits "archaïques" à penser contre la mort, comme le Messie des chrétiens incite à le faire. Le christianisme nie même que l'existence humaine puisse avoir une autre logique que celle de penser et d'agir contre la mort : en quoi elle s'oppose à l'idée que la morale ou l'éthique, la politique, puisse avoir une autre fonction que celle, pratique, de satisfaire de la moins mauvaise façon les besoins humains temporels. Jamais Jésus-Christ ne fournit une seule prescription morale. Sa colère est dirigée contre ceux qui se servent de la loi de Moïse pour instaurer un ordre moral égyptien.

De ce fait, Francis Bacon est persuadé que la mythologie de Homère a forcément été inspirée par les prophéties juives, pour caractériser ainsi Achille comme un héros déterminé par l'inconscient et n'agissant pas librement.

F. Bacon se sert du mythe de Prométhée pour restaurer le sens véritable du mythe du péché originel et en fournir une interprétation véritable, scientifique, qui non seulement interdit d'utiliser la Genèse pour fonder un discours moral ou éthique, mais permet de comprendre que la métaphysique juive, puis chrétienne, est parfaitement contradictoire de celle des égyptiens ou des philosophies platoniciennes qui ont perpétué la métaphysique égyptienne à travers les millénaires ; foi et raison si persistantes qu'elles s'imposent encore dans la culture commune des Etats-Unis, sous un décorum apparemment chrétien, non pas tant en vertu d'un complot, mais parce qu'une élite dirigeante ne peut trouver pour conduire le monde de solution plus efficace et de culte meilleur que celui des Egyptiens et de leur technocratie quasiment immarcescible. L'invention frauduleuse d'une éthique juive ou chrétienne ne peut mener qu'au pire ; et le pire de l'Occident est fait de cet alliage immonde.

"Divin Éther! vents à l'aile rapide! sources des fleuves! flots innombrables qui ridez joyeusement la mer! et toi, terre, nourrice du monde ; et toi, soleil, œil qui vois tout ! écoutez mes plaintes ; regardez les tourments qu'un dieu subit par la main des dieux ! Voyez ces outrages, ces affreuses tortures ! et je dois souffrir durant des siècles éternels!

Voyez ces liens injurieux, que le nouveau maître des dieux a forgés pour moi. Hélas ! hélas ! le présent, l'avenir, toujours l'infortune : c'est là ce qui me fait soupirer. Quand verrai-je la fin de mes peines? Mais que dis-je? l'avenir! d'avance je le connais tout entier; j'y lis sans obstacle; jamais ne fondra sur moi un mal imprévu. Subissons notre destinée; subissons-la sans trouble : nul, je le sais, ne vaincra la nécessité. Je devrais me taire sur mon malheur ; mais comment me taire? Moi, le bienfaiteur des mortels, moi infortuné, sous le joug d'un tel supplice ! Oui, j'ai dérobé, en la cachant dans une férule, l'étincelle féconde, la source de la flamme, le maître qui a enseigné aux mortels tous les arts, l'instrument de tous les biens. Et c'est pour un tel forfait que je suis voué à ce supplice, exposé aux injures de l'air; emprisonné dans ces chaînes.

Quel est ce bruit, quel est cet invisible parfum qui a volé jusque vers moi? Quel dieu l'a répandu, quel mortel ou quel demi-dieu? Vient-on vers ce rocher aux limites du monde pour se repaître du spectacle de mes douleurs? ou que me veut-on? Voyez, hélas! dans ces fers, un dieu infortuné, haï de Jupiter, détesté de tous les dieux qui remplissent le palais de Jupiter; et quel fut son crime? il aima trop les hommes."

Prométhée, in : "Prométhée enchaîné" (Eschyle)

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